Cinéma : «Victoria & Abdul» projeté à la Mostra

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Histoire -  Le réalisateur britannique Stephen Frears conte l'histoire de l'amitié méconnue  et indéfectible entre un Indien, roturier et musulman, et la reine Victoria dans  «Victoria & Abdul», un film à la fois drôle et sensible présenté ce dimanche à la Mostra de Venise.


Le dernier opus du réalisateur de «The Queen» (2006) et de «Liaisons dangereuses» (1988), est présenté à Venise en première mondiale, hors compétition.
L'histoire, «tirée de faits réels... pour l'essentiel», débute en 1887 au château de Windsor lors des célébrations des 50 ans de règne de Victoria (alors âgée de 68 ans) interprétée par une magistrale Judi Dench.
La distribution compte plusieurs grands comédiens du cinéma britannique comme Michael Gambon, Simon Callow ou encore Timothy Pigott-Smith décédé en avril, et auquel le film est dédié. Quand le regard du jeune serviteur «importé» des Indes, Abdul Karim, incarné par la star bollywoodienne Ali Fazal, ose croiser celui de Victoria, toute la cour d'Angleterre est scandalisée. A la manière candide des «Lettres Persanes» de Montesquieu, Abdul et son acolyte Mohammed s'adonnent à des commentaires cocasses sur les mœurs «tout à fait barbares» du pouvoir colonial qui «exploite un quart du genre humain». Victoria, veuve depuis peu, isolée par le pouvoir, entourée de courtisans qui l'ennuient, est aussitôt séduite par la beauté, la fraîcheur et l'exotisme du jeune homme, et décide d'en faire son «munchi», professeur de la langue ourdou. A la stupéfaction générale, il partage peu à peu avec la souveraine une intimité exceptionnelle qui durera jusqu'à son décès en 1901. Abdul la rassure et la fait rêver en lui parlant de ses Indes lointaines dont est elle est l'impératrice. Adapté et scénarisé par Lee Hall («Billy Elliot») d'après «Victoria & Abdul», le récit de Shrabani Absu, journaliste et historienne britannique, a été publié en 2010 en Angleterre. «Je connaissais l'existence d'Abdul Karim depuis la lecture d'un livre sur l'histoire du curry en Grande-Bretagne», a déclaré à l'AFP Shrabani Basu. «Je savais que la reine Victoria adorait la cuisine au curry et qu'elle était entourée de serviteurs indiens».
Mais en 2001, en visitant Osborne House, la propriété de vacances de Victoria sur l'Ile de Wight, elle est attiré par «un portrait d'Abdul Karim dans le couloir indien». «Il ne ressemblait pas du tout à un serviteur», poursuit-elle. Et puis, elle remarque sa photographie dans le vestiaire de la reine. «J'ai alors compris que c'était quelqu'un de spécial». En 2006, elle entame des recherches intensives sur le mystérieux personnage et, dans les archives de Victoria, en particulier dans les carnets de la souveraine. «Ces carnets m'ont renseignée sur la nature de leur relation», précise l'auteur, invitée à Venise. Elle s'est rendue en Inde, à Agra la ville d'Abdul et à Karachi, au Pakistan, où elle a retrouvé ses journaux intimes. «Ils n'avaient pas été touchés depuis plus de 100 ans, cette histoire était inconnue en Inde», raconte-t-elle. A travers cette histoire de la fin du XIXe siècle, le réalisateur de 76 ans, évoque, tout en finesse, des sujets tels que le multiculturalisme, les classes sociales et le racisme qui résonnent encore aujourd'hui.
R. C.