Arts plastiques / Oussama Tabti expose à «La Baignoire» : Comme un examen de conscience sur le malaise social  

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15Performance n L’exposition d’Oussama Tabti se détermine comme éclectique, pour la variété des créations où se coudoient notamment fresques murales, installations vidéo et installation sonore.

Si l’on se rapporte au titre «La roma la n’touma» de l’exposition qui se poursuit jusqu’au 25 mars au niveau de l’espace «La baignoire», au Square Port Saïd, on redécouvre le cri lancé par la jeunesse algérienne il n’y a pas longtemps pour dire son ras-le-bol d’un environnement sociopolitiques sourd à ses attentes. Et ce rejet, le photographe Oussama Tabti le traduit comme leitmotiv de réflexion via l’art de la photo.
Plus qu’un désenchantement d’une communauté de jeunes mais désillusion de nombre de personnes et de sociétés. Il n’y a qu’à se rapprocher des images des stations d’essence dans un état de dégradation avancé, abandonnées à elles-mêmes et exposées au regard vivant-aveugle des passants. 
Clichés révélant un examen réfléchi sur l’état d’esprit de l’environnement social, blasé devant tant d’enlaidissement programmé ou non de l’espace public. Débâcle économique, désespérante indifférence, l’artiste a pointé son objectif sur la réalité des choses, interpellant le regard. Comme un examen de conscience sur le malaise et les manquements générés par une société-monde en ces temps modernes. A noter que l’exposition d’Oussama Tabti se détermine comme éclectique, pour la variété des créations où se coudoient notamment fresques murales, installations vidéo, installation sonore. Un tout à plusieurs tendances créatives dévoilant les voix multiples de l’artiste. Il apostrophe ainsi sa propre expérience de la vie et celle d’autrui dans le monde. Avec toutes les embuches et pièges fabriqués par les hommes pour d’autres hommes. Parmi les créations de Oussama Tabti, l’une d’elles est un hommage affectueux dédié au chanteur chaabi  El Badji et à sa chanson « «El meknine ezzine». Pour cela, il présente un haut-parleur, accroché à une branche d’où sont dispensés cinq fois dans la journée aux heures des prières, le pépiement harmonieux de l’oiseau fétiche. Une installation qui renvoie au rôle de mueddin, rempli par El Badji lors de son séjour en prison au cours de la guerre de Libération. D’autres thèmes ont été abordés également. Ainsi, «Tête d’Arabe 1», un tableau faisant référence au printemps arabe rapporté en «une» par certaines revues occidentales. Egalement «The Amsterdam Treaty», représentation revenant sur la politique migratoire européenne. Une réflexion quant à l’attitude des pays européens et leur arsenal procédurier autour d’un même discours. La peur de «l’invasion» de l’Europe par les migrants. L’œuvre faisant référence à cet état de fait montre une douzaine d’étoiles en fil de fer coiffées de pics anti-pigeons. Des dispositifs formés de pointes et destinés à faire fuir les oiseaux nuisibles. Une allusion sur l’approche des pays du Nord à dissuader les flux migratoires.
Entre autres sujets au discours bien défini, on peut voir trois écrans de télévision restituant trois périodes. Celui se rapportant à l’époque coloniale s’impose d’une part, par ses dimensions, comparativement aux deux autres et d’autre part, par un discours persistant sur la guerre de Libération. C’est dans une démarche consciente de dénonciation, du souvenir et de poésie que l’artiste s’est impliqué en donnant libre cours à ses émotions et interrogations. Né à Alger en 1988, Oussama Tabti est diplômé en design graphique à l’École supérieure des Beaux-arts d’Alger. L’image deviendra pour lui la parole avec laquelle il exprime les réalités sociales et politiques avec sa vision esthétique de créateur.
Leila N.